Ramakrishna

Le Ramakrishna a illuminé la spiritualité hindoue : c’est Ramakrishna. Aux yeux des hindous, il représente un Avatar c'est-à-dire une incarnation du divin. Selon les hindous, les dieux ont la faculté de s’incarner de leur plein gré pour montrer le Chemin ou ranimer la foi de l’humanité. Ramakrishna disait que ces incarnations étaient au Brahman ce que les vagues sont à l’océan. Dans la Bhagavad-Gîta, Krishna explique à Arjuna :

" Chaque fois que le dharma s’efface et que monte l’injustice, alors Je prends naissance. Pour la libération des bons, pour la destruction de ceux qui font le mal, pour mettre sur le trône la Justice, Je prend naissance d’âge en âge"
La Bhagavad-Gîta, chapitre IV, versets 7 et 8, commentée par Shri Aurobindo, p.119, Albin Michel, 1947.)

Gadadhar, futur Ramakrishna, est né le 18 février 1836 au Bengale, dans le village de Kâmârpukur, à une centaine de kilomètres de Calcutta dans une famille très pieuse et très pauvre. Dès son enfance Ramakrishna manifesta une puissante vocation spirituelle et religieuse, il aimait se trouver en compagnie de sâdhus.

A 20 ans, il devint pûjârî, prêtre et prieur brâhmana du temple de Dakshineswar consacré à la grande déesse mère Kâli. Il se consacra au service de la déesse avec une telle ferveur que nombre de fidèles et de croyants du temple le prirent pour un déséquilibré mental. Il fut ensuite marié à Sara Devi âgée de 5 ans ; cette union fut spirituelle car il ne la revit que lorsque elle eut 18 ans puis il ne cessa de la considérer et de l’adorer en tant que mère divine et la tradition ne leur prête aucun amour charnel.

Pendant 10 ans, il implora la Déesse de se montrer et de lui ôter le voile de mâyâ qui obscurcissait toujours sa vision du monde et de la vie. Obsédé par le désir de la présence de Kâli, Ramakrishna guettait sans cesse son apparition. Il concentrait sur Elle tout sa vie spirituelle, il était intoxiqué d’amour divin au point de ne plus en dormir.

En 1862/63, sa vie spirituelle prend un nouveau tournant, une rencontre providentielle va mettre un terme à sa « folie mystique » et lui ouvrir des nouvelles perspectives insoupçonnées. Il rencontre son premier gourou, la Brahmine Bhairavî Brâhmanî. Elle lui permet d’accéder à tous les aspects de la bhakti en suivant la voie du tantrisme.

Il rencontra en 1864/1865 son deuxième gourou, Totapuri qui lui enseigna le Vedenta et plus précisément l’Advaïta, le non-dualisme qui se résume par la célèbre formule des Upanishads : « Tat Tvam asi : Cela, tu l’es toi-même ». Ramakrishna réalisa les trois manières de se relier à la Réalité décrites dans le Vedenta : le dualisme, le dualisme mitigé et le non-dualisme. C’est cette dernière expérience que Ramakrishna avait atteint grâce à Totapuri et que l’on appelle le nirvikalpa-samâdhi.

Au fil de son existence, de nombreux disciples se sont regroupés autour de lui dont le célèbre Vivekananda. Ce dernier rencontre Ramakrishna pour la première fois au début des années 1880 alors qu’il n’a que 18 ans. Ce jeune visiteur cultivé et de bonne famille fut réticent dans un premier temps à l’enseignement du maître. Mais il finit par s’engager dans la voie du renoncement et devint un des disciples les plus proche de Ramakrishna. Ramakrishna voyait Dieu en chaque homme et en chaque être vivant. Il a encouragé la création d’un ordre monastique qui avait pour idéal la méditation religieuse, l’étude des sciences tout en se consacrant au service humain (charité) comme le maître l’avait conseillé. Cet ordre fut réellement créé après sa mort en 1887 sous la direction de Vivekananda.

Avant de mourir, Ramakrishna dit à son fidèle disciple Vivekananda :

« je t’ai tout donné […] par ce pouvoir tu feras un bien immense au monde ».

Le maître s’éteignit le 16 août 1886 et selon la tradition son visage était éclairé d’un sourire car l’extase finale avait commencée.

L’originalité de ce grand sage vient du fait qu’il a réussi à vivre de multiples expériences spirituelles issues des plus grandes religions : hindouisme, christianisme et islam. A travers différentes approches, il goûta la Béatitude de la communion avec Dieu. Il fut un ardent défenseur de la « religion mondiale » ; selon lui, ce qui a de plus important est l’union avec Dieu quelque soit le moyen choisi pour y parvenir. Nous voyons que la Spiritualité sincère n’est ni sectaire, ni fondamentaliste.